Mona et Caty
Ma petite sœur Caty a illuminé toute mon existence, depuis le jour de sa naissance, en cette année de la création de l’état d’Israël en 1948.
Nous avions 4 ans de différence car je suis née en 1944 dans une petite bourgade du centre de la France.
Mes parents adorés portaient un faux nom, qui fut le mien et je fus baptisée en l’église d’Argenton-sur-Creuse. Je vis le jour dans un monde de barbarie et de haine sans limites. Les Allemands qui commençaient à se replier, massacrèrent quotidiennement les populations civiles, les résistants et les Juifs qui avaient échappé aux rafles des années précédentes. Mes parents et moi, avons survécu et nous sommes retournés en Alsace.
Cet enfant de la paix retrouvée, ma sœur Caty, vint au monde à Strasbourg.
Dès la première seconde, j’ai compris qu’elle était « différente » des autres enfants, car atteinte de trisomie 21. Mon amour pour elle fut immédiat et j’ai pris conscience du fait que j’étais là pour la protéger, sans que mes parents aient à me le demander.
Nous avons grandi ensemble dans la joie partagée.
Tous mes choix de vie, je les ai pris en fonction d’elle. Mon ineffable tendresse, elle me l’a prodigué au centuple. Elle m’a rendue empathique à toutes les différences et son handicap, je n’en ai jamais eu honte. Évidemment le regard des autres a décuplé mon amour pour elle.
Je devins adulte, puis je fis un mariage d’amour, et donnait naissance à une superbe petite fille. Mais, la vie peut-être extrêmement cruelle, et les épreuves ne m’ont pas épargnée.
Ma fille Laurence, atteinte d’un cancer à la naissance, disparut à l’âge de 16 ans, après nos parents qui moururent de chagrin dans cette lutte pour la vie. Puis ce fut le père de Laurence, mon époux bien-aimé qui se tua dans un accident de voiture, à l’âge de 49 ans.
Ce fut ma petite sœur Caty, qui n’avait plus que moi pour prendre soin d’elle, qui m’obligea à survivre. Je n’avais pas le droit de l’abandonner et la laisser seule au monde. Ma sœur vivait avec une dame, qui lui avait consacré toute sa vie et lui a prodigué attentions et amour. Nous étions voisines et très attentive les unes aux autres.
Caty fut pour moi, comme une lampe frontale, celle que les alpinistes fixent sur leur front, pour voir où poser le pied et assurer leurs pas. Oui, comme une lampe, une lumière permettant d’éclairer avec précision la route à suivre et chasser l’obscurité qui l’enveloppe pour avancer avec confiance. Ce fut Caty qui m’empêcha de sombrer, de prendre de mauvaises décisions, de faire de mauvais choix de vie.
Elle fut le mur sur lequel je me suis appuyée pour rester debout.
Et je pense à cette phrase qu’elle m’a dite un jour de promenade
« ne pense pas, sœurette, je suis là… ».
Elle fut le plus beau des cadeaux que m’ont transmis mes parents, j’ai su ainsi pourquoi elle a existé, pour que moi je vive.
Cathy m’a dispensé son rayonnement, sur les pas à pas du quotidien et m’a protégé de la peur et du désespoir. En venant vivre chez moi, les 7 dernières années de sa vie, elle m’a aidée par son amour à rejeter dans l’ombre, tous mes déchirements et mes chagrins passés.
Elle m’a fait prendre conscience, que toute vie vaut d’être vécue et qu’ensemble nous avons découvert les trésors de l’humain, qui enrichit et fait grandir. Comme la lampe je l’ai veillée, comme si mon attention se portait à chaque instant sur la plus précieuse des créatures, et m’a montré le chemin d’une humanité profonde. Son rayonnement, sa joie de vivre, sa reconnaissance à mon égard continueront à briller dans ma maison et me conforter à tout jamais, d’avoir su honorer la mémoire bénie de nos parents.
Que cette maison de Beersheva apporte à tous ces jeunes, une ouverture sur le monde, un monde de bienveillance, de savoir, de culture, et de bonheur pour posséder les clés nécessaires pour affronter la vie et ses vicissitudes.
Je rends hommage à toutes ces personnes qui s’investissent pour ces petits, ces adolescents, dans ce lieu superbe où ils trouveront la joie de vivre et la découverte de ce que le monde leur offre de mieux et leur propose pour un avenir prometteur.
Une pensée toute particulière pour notre inoubliable ami, Claude Meyer, qui m’a montré le chemin pour que nos rêves se rejoignent…
1998
1965
1986
1980
1978